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CONTES ET LEGENDES
Kontadennoù ha mojennoù
Commune de
PLOUBEZRE
Kumun PLOUBER

« La légende est un produit local : on l'a vue germer, croître, s’épanouir. Elle est perpétuellement en voie de formation et de transformation : elle est vivante. Les acteurs qu'elle met en scène, chacun les connaît ou les a connus . Ce sont des gens du canton, de la paroisse, ce sont vos proches, c’est vous-mêmes. Ce qui leur arrive peut arriver à n’importe qui, et dans les mêmes circonstances, et dans les mêmes lieux. Car le cadre aussi est réel : vous l’avez sous les yeux, à votre porte. C’est le chemin creux où vous avez passé cinquante fois, c’est la lande dont vous voyez d’ici moutonner les ajoncs, c’est le cimetière enfoui là-bas sous la sombre verdure des grands ifs, c’est la mer, cet autre cimetière sans épitaphes et sans croix, que si lamentablement vous entendez gémir ».

C’est ainsi qu’Anatole Le Braz définissait la légende en général  dans l’introduction de son ouvrage magistral, La légende de la mort chez les Bretons armoricains. On était alors au tournant du siècle et c’est notamment lors des veillées, en hiver au coin du feu, que l’on racontait ce type de récits avant de se mettre au lit. Aujourd’hui encore, certaines personnes âgées ont gardé le souvenir de ce qui constituait, avec les contes et autres traditions orales, l’univers culturel des bretonnants du peuple. A Ploubezre, où le breton est resté bien vivant, on en perçoit de nombreux échos. C’est ce que nous allons rapporter dans les pages qui suivent.

Nous en devons une grande partie à Emile Allain, né à Ploubezre au hameau de Keroual en 1919, et décédé au début de l’année 2004. Emile tirait ce répertoire de sa famille. Son père Gwilh an Alan, connaissait un grand nombre de ces gwerzioù que François-Marie Luzel, le grand collecteur de Plouaret, avait recueilli en diverses versions au milieu du XIXe siècle. Son grand-père lui avait aussi transmis les histoires d’un oncle, Jakez Monant que l’on prendrait de nos jours pour un sorcier, tellement de tours il avait dans son sac. De plus, Emile travailla longtemps dans les teillages de lin qui firent la prospérité du Trégor. C’est avec les autres ouvriers teilleurs du moulin de Kapekerne, ou encore de Keriel, qu’il engrangea des trésors de traditions populaires. Par ailleurs, ses participations aux grands travaux de la terre, ses déplacements de ferme en ferme avec son pressoir à cidre, enrichirent ce riche bagage traditionnel.  Enfin, Emile était pêcheur et chasseur, et dans ces deux domaines proches de la nature, la verve populaire dont il était détenteur se donne libre cours et fait une grande place à l’humour et à l’imagination. 

Nous pensons toujours avec émotion aux nombreuses fois où nous avons pris le chemin qui nous menait à la petite chaumière de Keroual et qui nous permettent aujourd’hui de sauver de l’oubli une partie de cet héritage culturel ploubezrien ou même trégorrois.

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Jakez Monant habitait le village de Kaperkern et passait pour avoir des pouvoirs surnaturels que lui procuraient justement la lecture d’un Agrippa qu’il avait trouvé dans le  moulin de Traou Morvan à la limite de Ploubezre et de Tonquédec.  Beaucoup de gens venaient le voir quand les chevaux étaient malades. Il faisait passer la fièvre et les maux de ventre, al laerezh, comme on disait en breton.

Avec son livre, il pouvait aussi retrouver les choses perdues. Il les ramenait à la maison mais ne disait jamais par où elles étaient passées. Un jour, à la ferme de Kersabil, on avait perdu un fouet. On prévint Jakez et, le lendemain matin, le fouet revint tout seul en claquant dans la cour. Quand Jakez arrivait dans une maison, les gens à table lui demandaient : « Tu peux pas nous envoyer un coup de vin ? ». « Oh, si vous voulez, répondait-il et il tirait du vin des poutres de la maison.  Mais il paraît qu’il savait d’où venait ce vin-là, et après, quand il allait au bistrot chez Delille, il disait : « Tiens, moi, je te dois des sous » ; et il payait ce qu’il avait fait venir par enchantement. Il pouvait aussi mettre des avant-trains de charrues à se battre.

Un jour, dans une ferme à Kervoeder, il avait taquiné deux couturières. Elles n’avaient pas apprécié ses plaisanteries. En partant, il leur avait dit : « A un de ces jours ! Peut-être que vous vous souviendrez de moi ce soir ».  Effectivement, ce soir-là, les deux filles allèrent faire leurs besoins dehors, comme cela se faisait à l’époque. Elles s’accroupirent mais elles furent incapables de se relever. Elles restèrent ainsi  une demi-heure.  Quand elles se relevèrent, une demi-heure après  elles comprirent que c’était Jakez qui  leur avait joué ce tour.

Une autre fois, en passant devant une maison de Kerauzern, il avait senti l’odeur des crêpes . Il était entré et ? après avoir bavardé un petit moment, comme on ne lui offait rien, il était parti. Alors, comme poussée par une force invisible, la crêpière s’était mise à le suivre avec une crêpe sur sa spatule. Jakez avait fait un peu plus d’un kilomètre sans se retourner sachant par qui il était suivi. Enfin, il s’est arrêté et il a dit à la femme : « La prochaine fois que quelqu’un rentrera chez vous quand vous faites des crêpes, offrez-lui en une, c’est une leçon que je vous donne  ».

Il savait aussi faire apparaître le diable. Marcel Lucas, ancien Ploubezrien de Kervoeder raconte à son tour : « Un nozvezh oa bet lâret gant unan eus merc’hed an ti : « Me soñje din, Jakez, oas kât da diskwel an diaoul ! ». – « Ya, ‘meañ, diskwelet vo deoc’h », a neva digaset ur pezh kog war an daol. Je croyais, Jakez que tu pouvais faire apparaître le diable ! ». Oui, dit-il, je vais vous le montrer. Il avait fait surgir un énorme coq sur la table.  Alors, le volatile avait chanté trois fois de suite. La maison en tremblait ! Ce soir-là, Jakez était resté dormir sur place et pendant une grande partie de la nuit, il avait demandé au grand-père d’allumer des allumettes les unes après les autres. A peine l’une était elle consumée qu’il devait en allumer une autre. Pendant ce temps-là, Jakez détournait son livre de magie et combattait le diable. Il fallait surtout ne pas briser cette chaîne du feu sinon, disait-il, ils auraient été enlevés tous les deux par le démon. A la fin, le grand-père était tout en sueur. La séance s’était arrêtée à minuit.

Jakez était bon marcheur, sans aucun doute. Mais là encore, il savait faire appel à sa magie. On raconte que dans une même journée, il était allé à la messe à Ploubezre et aux vêpres à Sainte-Anne-d’Auray. A son retour, il avait trouvé un camarade à Guingamp. Le soleil était sur le point de disparaître à l’horizon. « On ne sera pas de bonne heure, hein Jakez ? » dit l’homme.  « Non répondit Jakez calmement. Mets ton pied sur le mien pour voir, si tu veux ». Il met alors son pied sur celui de Jakez et, en un rien de temps, ils se retrouvent aux Cinq Croix, ar pemp kroaz, puis aussi vite dans le bourg de Ploubezre. C’était encore la magie de Jakez.

On dit aussi qu’il allait plus vite que le train. Ainsi, un jour, il avait fait le pari qu’il irait chercher du tabac à Plouaret et partant en même temps que le train. Il était arrivé là-bas le premier !

Ayant ainsi commerce avec le diable, tout le monde disait qu’il serait damné. Alors, quand il senti sa dernière heure arriver, il dit : « Vous saurez si je suis damné parce que si je suis sauvé, il y aura un orage terrible, terrible, la nuit qui suivra ma mort ».  La famille, autour de lui, attendait sa mort. Enfin il a dit : « Arri eo an eur » («  l’heure est arrivée ») et il est mort comme ça. Il ne s’est rien passé la première nuit. Mais le deuxième jour, vers quatre heures de l’après-midi, un orage épouvantable a éclaté. Tous ceux présents se sont accrochés les uns aux autres. Le bruit était effroyable. Il paraît que la croix dansait au pied du lit. Alors ils ont su que Jakez avait gagné contre les diables.

Quant au livre de Jakez, personne ne sait ce qu’il est devenu. Peut-être est-il encore enfoui dans un grenier de Ploubezre…




Marie Unvoas (1912-1983) de Keraudy raconte cette autre histoire

 ‘Tal an orakter pa aez deus Plouzelambr da Dreduder a oa unan eno o chom, ul Lukas deus Plouzelambr, hag a neva levrioù fall a veze ret distreiñ nehe ‘wit gallout lenn ‘nehe tout hag unan deus e vugale neva kavet ul levr d'e dad evel-se e-pad an ofern.hag an tad hag ar vamm a oa en ofern a oa goulennet velse gant ar person e-barzh ar sarmon : pehini amañ meañ, neus levrioù ha n'eo ket sañset ar vugale, feiz, da lenn ‘nehe ?" Ah fidamdoulle, hag eñ da sevel, da gerzhet d'ar ger hag a benn neuze oa leun ha leun a vrini en dro d'ar paotr bihan a dalc'he da lenn, dalc'he da lenn. Leun a vrini en dro d'an ti ha partout hag eñ, addistrein, adlenn ar pezh neva lennet ar paotr bihan ha neuze oant dispareset.

"Près de l'oratoire, quand on va de Plouzélambre à Tréduder, habitait un Lucas de Plouzélambre qui avait des mauvais livres qu'il fallait détourner (lire à l'envers) pour pouvoir les lire, et l'un de ses enfants avait trouvé le livre pendant que son père et sa mère étaient à la messe. Alors, le prêtre avait demandé au cours de son sermon : « Qui, présent dans cette église, a des livres que ses enfants ne sont pas sensés lire ? Nom de nom, le père se lève, et se précipite chez lui et alors, il y avait une multitude de corbeaux autour du petit qui continuait à lire, à lire. Plein de corbeaux autour de la maison, partout et lui avait détourné, avait relu à l'envers ce que le petit avait parcouru des yeux, et alors les corbeaux avaient disparu."

Il y a un siècle, l’instruction dans les campagnes n’était encore réservée qu’à une minorité. C’est pourquoi, on attribuait aux quelques personnes lettrées dans les villages le pouvoir de procéder à des actes de magie, de la fizik, comme on disait. Les prêtres étaient de ceux-là qui, prétendait-on, tiraient leur savoir de certains livres comme le petit Albert et le grand Albert mais aussi et surtout, l’Agrippa. Ces ouvrages comportaient un amas d’élucubrations fumeuses, de recettes de toutes sortes, des secrets de magie blanche, voire de tours de cartes.

L’ Agrippa, dont les anciens ont gardé la mémoire en Trégor, tirait son nom d’un certain Henri Corneille Agrippa de Nettesheim né à Cologne en 1486 et mort à Grenoble en 1534. D’abord soldat puis médecin de Louise de Savoie, mère de François 1er, chassé de France pour avoir conservé des relations avec le connétable de Bourbon, il devint historiographe de Charles-Quint. Emprisonné pendant un an à Bruxelles sous l’accusation de sorcellerie, il finit sa vie à Grenoble dans la misère. Il publia en 1530 un traité d’occultisme, maintes fois réédité et distribué par colportage qui laissa des traces dans la mémoire populaire et donna même son nom à tout livre de magie.

Pour tirer parti de ce livre de magie, il fallait savoir le lire à rebours, distreiñ ‘neañ, comme on disait en breton. Si un indiscret non averti s’aventurait à en tourner les pages, il ne pouvait plus s’en défaire et restait, comme collé aux feuillets, poursuivant sans arrêt la lecture dont il n’atteignait jamais le bout. Alors la maison où se trouvait le curieux se couvrait d’une nuée de corbeaux. Et le charme ne cessait, que lorsqu’arrivait quelqu’un capable de lire le livre à l’envers, et ainsi libérait la personne prise au piège. De même, les oiseaux disparaissaient comme par enchantement.

 C’est aussi à l’aide de ce livre que les clercs provoquaient des tourbillons de vent magiques qui faisaient s’envoler le foin des champs au moment de la fenaison au mois de juin. On appelait cela en breton, barrioù-korc’hezh :

Graet vezent gant beleien yaouank oc’h aprou o studi. Ar gloer a lake an ed pe ar foenn da sevel ha da dañsal gant barrioù awel a veze graet anê barrioù-korc’hwezh pe barrioù-korbon a gase anê en-dro evel an avel-dro. An hini a nije skoet e falz en aer a welfe unan o tont en traoñ, troc’het e c’har pe e vrec’h. Pa veze gwelet barrioù-korc’hwezh evel-se veze lâret : emañ ar goer o redek. C’étaient de jeunes prêtres qui causaient ces tourbillons. Ils voulaient mettre leur science à l’épreuve. Les clercs faisaient partir le blé, ou le foin, en l’air et danser par ces coups de vent subits qu’on appelait des tourbillons magiques qui faisaient tourner le blé comme sous l’effet d’une trombe. Celui qui aurait lancé sa faucille dans la bourrasque aurait vu quelqu’un tomber avec une jambe ou un bras coupés. Lorsque cela se produisait on disait : » Voilà les séminaristes qui courent ».

La possession de ce grimoire permettait encore au curé de Bégard, Placide-Marie Le Guillermic (1788-1873), le tadig-koz comme on l’appelait, de récupérer les âmes de ses paroissiens qui avaient été damnés. Pour cela, il célébrait une messe de trentaine au sommet du Méné-Bré. Il gravissait la pente nu-pieds pour, selon l’expression, être prêtre jusqu’à la terr : beleg betek an douar. Enfin, la lecture de certaines pages du même ouvrage donnait la possibilité aux prêtres de se transformer en chien noir pour faire rentrer au bercail les fripons qui s’étaient attardés le soir au cabaret.
Nous restons dans les parages de Ploubezre et Tonquédec avec maintenant, Yves Gargian. Cet ancien seigneur de Troguindy avait mauvaise réputation. En effet, dans le cahier de paroisse de Tonquédec rédigé en 1842 on lit ceci : «  Suivant la tradition, Gargian était un despote, dur, intraitable, quasi un tyran pour le paysan qu’il regardait comme esclave ».

Garjian gozh, comme on l’appelait en breton, se montrait d'une grande cruauté envers son personnel. On prétend qu'il assistait à la messe, le fusil à la main, toujours prêt à chercher querelle à quiconque le regardait de travers. Un jour, dit-on, il avait abattu un couvreur sans aucune raison apparente. Il avait aussi tué un homme qu'il accusait de chasser sur son domaine. C’est lui qui avait fait construire par ses valets, un talus menant de Gwaz Feunteun à Troguindi. On le connaît dans le pays sous le nom de ar c'hleuñ newez, le talus neuf.

Le curé de Tonquédec avait eu maille à partir avec ce hobereau. L'affaire avait certainement été sérieuse, car on raconte que le prêtre l'avait voué, gouestlet, à saint Yves de Vérité. Après sa mort, qui n'avait pas tardé, le méchant homme avait, paraît-il, disparu à jamais dans une sorte de tourbière, ur geurnegeul, un nestenn, où poussent des herbes coupantes,  prad an heskik, le pré des laiches, en raison de tout le mal qu’il avait accompli sur terre. C’était là son purgatoire.

De plus, il avait également été condamné à sortir la nuit de sa retraite marécageuse et de faire des va-et vient incessant, sous forme de chien noir, sur le long ouvrage de terre qu'il avait fait bâtir sans ménagement par son personnel. On disait aussi qu'il faisait dévaler des boules de feu sur le talus en pente et qu’il culbutait toutes les personnes qui se hasardaient à emprunter ce chemin aux heures sombres. On le rencontrait ailleurs encore.

La mésaventure arriva à « Chefig ar Mogn, de Runfao en Ploubezre. Il rentrait un soir de son travail. Tonnelier de son métier, il était allé faire une barrique à Tonquédec. La nuit était déja tombée quand en arrivant au croisement, Kroaz ar voultenn, il fut renversé par l’énorme chien noir qui le laissa au sol sans connaissance. Sa femme inquiète était venue à sa rencontre et l'avait trouvé inanimé. Reprenant quelque peu ses esprits il s'était écrié : ar c'hi du, ar c'hi du ! , le chien noir, le chien noir !

Emile Allain, qui me raconte tout ça,  me parlait encore d’une partie de chasse que son père avait faite avec son grand-père dans cette vasière. Ayant repéré l'endroit où l'eau sourdait et pétillait en permanence, le premier avait demandé au second s'il pouvait y plonger le doigt pour voir si l'eau était chaude. Le tad-kozh avait alors répondu : Welloc'h vefe deoc'h na rafec'h ket ! vous feriez mieux de ne pas le faire, lui faisant comprendre le danger d'un tel geste car comme on l’a dit, c’est dans ce marécage que le cruel seigneur de Troguindy effectuiat sa pénitence pendant le jour.

Le grand-père d’Emile était aussi pêcheur. Il connaissait bien la rivière, le Léguer, qui coulait en-dessous de  chez lui. Il revenait rarement bredouille et en plus de quelques bonnes prises, il rapportait de petites anecdotes. En voici une :

Ma zad-kozh oa o tont deus pesketa hag a, barzh ar c’hoad, oa tont deus krec’h war an abardaez a neva klevet ur vouezh lâret deañ : Lâr da Willaouig eo marv Matoig !  - Para ‘meañ ? Lâr da Willaouig eo marv Matoig ! A, ola ! Eñ neva ket komprenet mann ebet ha pa oa arriet er gêr nâ lâret d’am mamm- gozh : N’onn ket para, ‘meañ, ‘m eus klevet pa oan ‘barzh ar c’hoad, o tont deus krec’h ahe, ur vouezh ‘lâret din : Lâr da Willaouig eo marv Matoig !”  Ha Guillaouig a oa kazh an ti ha pa neva klewet lâret se, oa partiet er-maez en ur lâret :  A, neuze, marv eo Matoig gaezh !  hag eñ er-maez !  Ar c’hazh oa aet araok ha oa ket bet gwelet goude ken.

Mon grand-père revenait de la pêche et en passant dans le bois en fin d’après midi il a entendu une voix venant d’en haut qui lui disait : “Dis à Guillaume que Mathurin est mort”. Quoi, dit-il ? “Dis à Guillaume que Mathurin est mort !” Oh là ! Il n’avait rien compris et quand il est arrivé à la maison, il a dit à ma grand-mère ! Je ne sais pas quoi, quand j’étais dans le bois, j’ai entendu venant d’en haut une voix me dire : Dis à Guillaume que Mathurin est mort ». Et le chat de la maison s’appelait Guillaume. Alors quand il a entendu cela, il est sorti et il a dit : « Ce pauvre Mathurin est mort », et le voilà sorti. Et on ne l’a jamais plus revu le chat après ça.
Emile Allain poursuit ses histoires autour du moulin de Traou Morvan que l’on disait hanté. Le meunier, autrefois, avait conclu un pacte avec le diable pour faire un pontqu’il ne parvenait pas à construire. « La première chose qui passera par le pont, avait dit le diable, ce sera mon bien, ce sera à moi ». Le meunier avait accepté. Une fois le travail achevé, il avait fait traverser le pont par son chat. Se précipitant à sa poursuite, le diable avait déplacé la pierre angulaire sur un pilier qui devait réduire la pression du courant. La pierre fut remise en place de nombreuses fois. A chaque fois, on l’a retrouvait déplacée.
Dans le jardin, disait-on, se trouvait une bassine remplie d’or. Le meunier qui l’avait découverte était allé chercher le recteur de Tonquédec pour venir voir ce trésor. D’accord pour aller avec lui, le recteur lui dit : « Si on trouve quelqu’un en route, ne parle pas ! ». En chemin ils rencontrent quelqu’un sur un âne qui marchait à reculons. Le cavalier demande alors : « Est-ce qu’on est loin de Tonquédec ? ». « Si tu avances comme ça, tu n’es pas encore rendu! » répond le meunier. Quand ils arrivèrent au moulin, ils entendirent un bruit formidable. C’était la bassine qui était tombée à une profondeur incroyable. Ils ne purent récupérer le trésor car le meunier avait parlé. On dit qu’elle remonte tous les ans un petit peu et qu’un jour elle reviendra à la surface.
  

De ces histoires fantastiques, Emile en avait lui-même à raconter. Là encore, il situait l’événement dans son voisinage et il citait même le nom de la personne à qui l’histoire était arrivée. C’est encore en breton qu’il me dévidé ce récit :

Eñ neva kontet se din nebeut amzer goude oa arriet gantañ, Eugène Prat Gwenn a veze graet diontañ, Eugène Guyomard oa e anv met peogwir oa o chom barzh Prat Gwenn, ‘barzh ur menaj, ar menaj-se oa da Huon de Penanster, en Kerofern. Un dewezh oa tont d'ar gêr deus labourat, deus ti e vreur ; noz oa, met a oa sklaer al loar, ha pa oa arriet, tiskenn diwar an hent, an alle da dont deus ti Huon, deus Kergrist, ha eno oa ur stang war ar wazh ; ar wazh-se oa Gwaz ar gorniek veze graet dionti. Ar wazh zo bepred, ur stang zo ivez. Pa oa arriet eno, ‘n eus gwelet ur pezh plac'h wenn o vont kuit diwar ar stang, bras ha gwisket en gwenn tout, hag eo aet diwar ar stang a deus treujet an hent-karr hag aet ‘barzh al lanneg. Eñ oa bet istonet spontus, aon neva bet peogwir oa savet e vlev war e benn, ‘meañ. Ha peogwir a dremene dre eno bomdez da labourat ti e vreur, en deiz war lerc'h, pa oa tont en dro, o vont da labourat, neuhe oa sklaer an deiz a neva sellet, dre belec'h eo aet honnezh, penaos nâ graet he c'hont peogwir neus ket gwenojenn na mann ebet, oa ket met lann ha drez ha oa ket roud ebet, mann ?

Ha ma lâret deañ, martehe oas arri kraz sur awalc'h ? Oan ket sur, ‘meañ. Goude eñ pa dremene alies dre eno, ordin veze c'hortoz gwelet nehi adarre, nije gwelet nehi james. Me zo bet tremenet dre eno ivez, ha bop tro sonjen ‘barzh ar gannerez-noz, biskoazh na meus gwelet nehi. Ha c'hoazh vijen ket re hardiz ‘tremen. Ar gannerez-noz veze kont dionti met meus ket klewet den all ebet lâret nije gwelet nehi.

Ma zad a lâre ivez penaos neva klewet tud ‘lâret deva gwelet ar gannerez noz. Pa ‘n om gave unan gant ar gannerez-noz, ar gannerez-noz a choule digantañ : " Ma pije chikouret ac'hon da diwaskañ ma dilhad". Hag a oac'h sañset da dreiñ an tu kontrefet. Hi a waske hag an hini oa sañset da chikour ‘nehi, oa sañset da diwaskañ, petramant ma waske, eñ viche gweñvet tout e gorf de’añ, zeyet, veze graet deus se gwechall, zeyet veze, veze ket kât da vann goude ken, gweñvet 'vel ur c'herve.

la lavandière de nuit

Il m’avait raconté cela, peu de temps après que cela lui soit arrivé. C’était Eugène Guyomard, mais on l’appelait Eugène Prat Gwenn car il habitait dans la ferme de ce nom, une ferme qui appartenait à Huon de Penanster, à Kerauzern. Un jour, il rentrait du travail de chez son frère, à la nuit tombée mais il faisait clair de lune. Comme il descendait de Kergrist il était passé près d’un lavoir sur un ruisseau qu’on appelait Gwazh ar gorniek. Il est toujours là et le lavoir aussi. Arrivé là, il a vu une grande dame blanche quitter le lavoir, elle a traversé le chemin et elle est allée dans la lande. Il avait été très étonné et il avait tellement eu peur que ses cheveux s’étaient dressés sur sa tête, avait-il dit. Et le jour suivant comme il passait par là pour aller travailler tous les jours chez son frère, en revenant de jour il avait regardé par où était passée cette femme, comment elle avait fait son compte puisqu’ il n’y avait pas de passage ni rien, il n’y avait que des ajoncs et des ronces et aucune trace de passage, rien.

Alors je lui avais dit qu’il avait peut-être bu un coup de trop. Certainement pas, avait-il dit. Après, quand il passait par là, il s’attendait toujours à la revoir, mais il ne l’avait jamais revue. Moi aussi, il m’est arrivé de passer par là et à chaque fois, je pensais à cette lavandière mais je ne l’ai jamais vue. Mais je n’étais pas très fier en passant par là. On en parlait de cette lavandière mais je n’ai pas entendu dire que quelqu’un d’autre l’avait vue.

Mon père disait qu’il avait entendu dire par d’autres qu’ils avaient vu la lavandière de nuit. Quand quelqu’un la rencontrait, elle lui demandait : « Pourriez-vous m’aider à tordre mes draps ? » Et on était sensé tordre le linge dans le sens contraire. Elle tordait et celui qui était supposé l’aider, détordait, autrement, s’il tordait il était broyé, il ne pouvait plus rien faire après, il était tordu comme le lien d’un fagot.

Emile continue ses récits en breton. Il nous parle maintenant d’un ancien Ploubezrien qui tenait le teillage de lin Pont ar Brun. C’était son activité principale en hiver. Mais il avait plus d’une corde à son arc. L’été, il allait dans les pardons du trégor avec son manège, ur gazeg-vizewen. On l’appelait Cousin, c’était en fait un surnom. Son vrai nom était François-Marie Derrien. Il jouait aussi du violon et de l’accordéon et il animait les bals de noces. Sa bonne réputation lui valut de devenir un personnage légendaire comme le montre cette autre histoire, qu’Emile me raconta mais qu’il n’était pas le seul à connaître. Mon autre « professeur de breton », Hyacinthe Pierrès, m’en parlait aussi souvent. Quand il commençait l’histoire dont Emile nous donne une version ci-après,, il disiat toujours, comme pour une sorte de prologue :  Violons Cousin gant e violons kaod a sone en-dro ‘vel ur ribot, le violon de Cousin tournait comme une baratte :

Cousin oa soner hag ac'h ae da son d’an eureujo hag un dewezh, o tont da gêr deus son,  a oa arri ur pennad mat a amzer tost d'ar beure marteze, hag a oa aet a dreuz, lec'h mont da c'hoari tro d'an hent  a oa aet dreuz ar parkoù da gêr wit mont buanoc'h ha gwechall veze graet toulloù da dapout ar bleiz, un toull-atrap veze graet eus ar re-se ha Cousin oa koueet ‘barzh an toull-atrap hag a oa ur bleiz e-barzh hag ar bleiz  a c'hrogne ha Cousin oa e akordeons gantañ war e chouk neva tapet e akordeons da son, da son, dalc'he da son dezhañ. Ar bleiz a chome trankil. Met pa arrete da son, ar bleiz oa o vont da lampout warnañ hag a sone neue : « Biken ken, biken ken, biken ken, Cousin na sono da zen ». Betek an deiz war lerc’h ar beure neva sonet evel-se. Tud deva klewet aneañ , a oa arriet, deva lac’hat ar bleiz. Ha Cousin oa ‘n om lakeet da ganañ neuze : “Bremañ c’hoazh, Bremañ c’hoazh, sono Cousin d’ar re vihan ha d’ar re vras”.

Traduction : le sonneur et le loup

Cousin allait sonner dans les noces et un jour en revenant de sonner, très tôt le matin, il s’était égaré et au lieu de prendre la route, il avait pris à travers champs pour aller plus vite et autrefois on creusait des fossses pour attraper les loups. On appelait ça un toull-attrap en breton,  et Cousin était tombé dans un de ces pièges dans lequel il y avait un loup. L’animal grognait et Cousin avait pris son accordéon et s’était mis à en jouer et le loup, restait tranquille. Mais quand il s’arrêtait, le loup menaçait de lui sauter dessus alors il recommençait et chantait : « Jamais plus, jamais plus, Cousin ne sonnera pour personne ». Il avait sonné comme ça jusqu’au lendemain matin. Des gens l’avaient entendu, ils «étaient arrivés et ils avaient tué le loup. Alors Cousin s’était mis à chanter : « Maintenant encore, Cousin sonnera pour les petits et les grands ! ».

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Contes et légendes du pays de Ploubezre
Kontadennoù ha mojennoù Korn-Bro Ploubêr
Le moulin de Traou Morvan
Le pont du moulin de traou morvan
Le pré des laiches
La lavandière de nuit
Emile Allain (1919-2004)
Le chien noir / ar c'hi du
  
Le livre  de Jakez Monant
L’Agrippa, livre de magie
L’Agrippa de Plouzélambre
Le moulin de Traou Morvan
Yves Gargian le despote
La mort du chat
La lavandière de nuit
Le sonneur et le loup
Le sonneur et le loup
Dessin de Morgan, Dastum
Collection Komz
L'Agrippa
Le déplaceur de borne
Autrefois, les bornes qui séparaient les champs étaient en pierre et une fois, quelqu’un en avait déplacé une et l’avait mise plus loin pour agrandir son terrain. Il était interdit de faire cela, bien sûr, et après sa mort, il avait été condamné à marcher les nuits de pleine lune dans un chemin, portant la pierre sur le dos et cherchant à la remettre où elle était avant. Mais il ne pouvait retrouver l’endroit et ceux qui le rencontraient l’entendaient crier : Où vais-je la mettre ?  Où vais-je la mettre ?   À la fin, quelqu’un lui avait dit : «  Tu n’as qu’à la mettre où tu l’as trouvée ! »Cela lui était venu comme ça. Alors, le gars à la pierre lui avait dit : « Je te remercie, tu m’as délivré. Je suis ici depuis longtemps en pénitence, parce que j’avais déplacé cette pierre pour agrandir mon terrain ». Après ça, on ne l’avait jamais plus revu.

Paotr e vin-boñn
Gwechall a veze mein, mein-boñn veze graet dionte, da separiñ div dachenn hag un ur wech un a neva cheñchet plas d'ur min boñn evel-se ha kaset ‘neañ, ur pennad mat ac'hane da greskiñ e dachenn. Oa ket droed ôr se evel-just  ha goude e varo  oa bet kondaonet, kerzh an noz e skeud al loar, da vont a-hed ur winojenn, ar min-se gantañ war e skoaz o klask adlakaat ‘neañ lec’h oa araok. Met ne oa ket ewit adkavout al lec’h ha bep noz e veze gwelet ha klevet o lâret : " Pelec'h lakin me hemañ ? Pelec’h lakin me hemañ ? a c'houle gant tout an dud ‘n om gave gantañ. Ha benn ar fin,  un 'vel-se, nâ lâret de(zh)añ : « Lak 'neañ lec'h teus kât 'neañ ». Hemañ oa deut-se gantañ a neva lâret paotr e vin dezhañ neue : « Bennozh Doue dit, 'meañ, te teus delivret a(c'ha)non . Me zo amañ pell zo, 'meañ, en pinijenn, peogwir mâ diblaset ar min-se ewit kreskiñ ma zachenn ». Goude se,  oa ket bet gwelet ken.

  
Le déplaceur de borne
Le morceau de lard et le crapaud
Voici une histoire largement répandue dans le pays en différentes versions. Elle nous fut racontée en breton par Emile Allain le 18 mai 2000.

Le morceau de lard et le crapaud.
Autrefois, à la campagne, la journée de travail commençait tôt le matin, avant même le lever du jour. Après avoir travaillé un peu, cet ouvrier s’était assis sur le bord d’un talus pour manger son casse-croute, une tranche de pain avec un morceau de lard quand voilà que son morceau de lard tomba par terre. Comme il faisait à moitié nuit, il le chercha à tâton, le trouva et le mit à nouveau sur son pain. Mais, il avait beau essayer de le couper, son couteau ne faisait que glisser dessus. Et en plus, il entendait ce bruit, wik-wek-wik-wek ! (en fait, c’est un crapaud qu’il avait ramassé). Oh, ça m’est égal, dit-il, fais wik-wek si tu veux, je t’ai payé, tu seras mangé.

An tamm kig sall hag an toñseg
Eñ oa un ouvrier a oa o labourat hag a oa ôr e gas-krout, gwechall aent da labourat deus ar beure abred, araok veze sklaer an deiz veze an dud o labourat a neva graer ur c’hrogad hag a oa e damm bara gantañ hag e gig sall ha fidamdoule ‘meañ,  bremañ c’han d’ôr un tamm kaskrout, hag a oa en e goazez bord ar c’hleuñ a oa koueet e gig digantañ, diwar e vara, a oa aet dre daston a nea kât an tamm kig ha laket ‘neañ war e vara, met oa ket kât da droc’hañ hag a gleve  ‘neañ o lâret :” wik-wek, wik-wek !  O, ingal eo, ‘meañ, gra Wik-Wek pezh a gari, ‘meañ, paeet out ha debret a vi ! Met un tonseg, an hini oa.
  
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Le langage des cloches
A Ploubezre, comme ailleurs, on sait interpréter le langage des cloches. Voici le dialogue entre la  cloche de la  chapelle de Kerfons et la réponse de celle de Kermeur de l’autre côté de la vallée à Tonquédec. 
Kloc’h Kerfons a lâre da gloc’h Gerveur :
Gisti laeron ar Gerveur, gisti laeron ar Gerveur !
Hag hini ar Gerveur a lâre : ‘Vel ac’h omp, ac’h omp !
La cloche de Kerfons disait à la cloche de Kermeur :
Les putains et les voleurs de Gerveur !
Et celle de Gerveur répondait : on est comme on est !

De plus, la chapelle de Gireg a beau avoir disparu, sa cloche résonne toujours dans les mémoires populaires.
Ha chapel Gireg a lâre : 
Deomp d'al lann, Deomp d’al lann !
Barzh en Gireg na neus mann !(Ploubezre)
Et la chapelle de Guirec disait :
Allons à la Lande !
A Guirec, il n’y a rien !
La chapelle de Kerfons
La chapelle de Gireg
Document Bernard Lasbleiz
Le chant de l'alouette/Kanaouenn an alc’houeder
Pa vezen o vessa ar saout gwechall,  ‘gleven an alc’houeder o vont da kwrec’h ‘vel-se ; ha bop ma c’hae a save da kwrec’h hag a gane :
Pêr, Pêr, digor din Pêr Pêr, digor din,
Biken pec’hed ken na rin, biken pec’hed ken na rin !
hag a dalc’he da vont ‘vel-se, dalc’he da vont ‘vel-se, “Pêr, Pêr Pêr digor din !” , arrie uhel uhel,  vize ket gwelet ken ha peogwir vize ket digoret deañ mac’hat …”Digori ket ? Digori ket ?”  ha goude a deue en traoù a-benn bouell ‘vel ur min nonn lâret : « Diu, Diu, Diu Diu, Diu, Diu, Diu »,  hag a chome adarre mesk ar melchon, mesk an ed  ‘vel-se adarre, trankil adarre ‘vel-se.
Quand je gardais les vaches autrefois j'entendais l'alouette qui chantait  à mesure qu'elle montait  dans le ciel :
« Saint Pierre, ouvre-moi ! Saint Pierre, ouvre-moi la porte du paradis »
« Je ne pècherai plus, je ne pècherai plus ! »
Elle continuait de monter très haut, très haut, à tel point qu'on ne la voyait plus et sans doute comme on ne lui ouvrait pas, elle insistait :  « N'ouvriras-tu pas ? N'ouvriras-tu  pas ? »
Et alors elle descendait comme une pierre en faisant la culbute en se mettant à jurer : « Nom de Dieu, nom de Dieu, nom de Dieu ! et elle restait cachée dans le trèfle et le blé..
  
Combien la bécasse ?/Pegement ar c’hefeleg ?
C’est l’histoire d’un Parisien qui avait voulu acheter une bécasse sur le marché de Lannion mais il ne savait pas un mot de breton. Le vendeur, lui ne savait pas un mot de français. Il s’agit donc d’un dialogue de sourd qui finit sur un coup de colère. C’est une histoire qui est connue dans toute la Basse-Bretagne avec des variantes.

Setu un istor bet kontet din alies gant tud Plouber, istor ur Parisian oa aet d’ar marc’had e Lannuon hag a nâ c’hoant da brenañ ur c’hefeleg met ne ouie gir brezhoneg ebet. An hini nâ kefeleged da werzhañ ne ouie gir galleg ebet. Un tamm jeu oa bet etree :

- Oh, la belle bécasse !
- Ya, aotro(u), homañ zo paket gant al las (oui monsieur, prise au collet)
- Pourriez-vous m'en dire le prix ?
- Paket e-kichen an ti, n'eo ket e-touesk ar pri (prise prés de la maison, ce n'est pas dans la boue)
- Comme il est bête !
- Ya, aotro(u), hir eo e veg met ho tiskouarn deoc'h-c'hwi zo hiroc'h c'hoazh. (oui, son bec est long mais vos oreilles sont encore plus longues.

- Combien la bécasse ?
- O ya, aotro(u), tapet eo ‘bar las ! (oui, monsieur, prise au collet)
- Mais qu’est-ce qu’il dit ?
- E penn an ti, bar ‘n toull pri. (Au bout de la maison dans un trou d’argile)
- Oh, que ce paysan est bête ! 
- O ya aotro(u), hir mat eo e veg ! (Oui monsieur, elle a le bec bien long)

Anveet eo an istor-se er vro a-bezh.
Voici une comptine bien connue à Ploubezre

Le Roi et la Reine
Etaient allés tous les deux tirer des panais
Les panais étaient beaux
Le voleur les a emportés
Le voleur était malin
Il a bu du vin
Le vin était chaud
Il a laché un gros pet
Le pet était dur
Il a fendu la cheminée
La cheminée était en pierre
Elle lui est tombée sur le dos
La cheminée était en argile
Elle lui est tombée sur le nez
.

Ar Roue hag ar Rouanez,
Oa aet o-daou da dennañ panez
Ar panez oa kaer
Oa aet gant al laer,
Al laer oa fin,
Neva evet ar gwin,
Ar gwin oa tomm,
Neva laosket ur pezh bromm,
Ar bromm oa kalet,
Neva rannet an oaled,
An oaled oa mein,
Oa koueet war e gein,
Hag ar chiminal oa pri,
Oa koueet war e fri
.
  
Le roi et la reine qui tiraient des panais
Le grand rocher
Il y a un grand rocher à Saint-Michel-en-grèves que l’on nomme en breton Roc’h Kellaz. Il y a bien longtemps, il y avait là une femme qui ramassait des pierres dans un champ et les mettait dans son tablier. Elle vit arriver un de ses voisins qui lui annonça que son fils avait avalé un bateau. En entendant pareille chose, la vieille lâcha son tablier et toutes les pierres tombèrent à ses pieds et formèrent alors le Grand Rocher. On dit que son fils était saint Efflam.

En Nomikael a zo ur roc’hell, un dossenn eo, hag a vez graet dionti, Roc’h Kellaz ha lec’h ‘mañ bremañ  ar roc’h Kellaz-se a oa un gozh o tastum mein  war ur park, o tastum nê war he barlenn. Gwechall veze un davañjer hag ur vrozh gant merc’hed kozh hag a neva dastumet traoù barzh he barlenn hag oa arriet un deus war dro, un amezeg dezhi deva lâret dei penaos a neva lonket he mab ur vag. - Ola, ma Doue, n’eo ket posubl neus lonket ma mab ur vag !  ha hi da leuskel he barlinniad vein da goueañ war an douar hag abaoe deus kresket sur, ‘at, ar rochell peogwir vez graet roc’h Kellaz deus an dossenn. Uhel eo ha pejo mein hag he mab a oa sant Eflamm. (Kontet da DG gant Emile Allain)

Roc’h Kellaz
Pa vez an awel diwar Roc’h Kellaz
Biskoazh kozh buoc’h na vreskellas. (Lâret da DG gant Manuel Le Mestre)
Quand le vent vient du grand Rocher
Jamais mauvaise vache n’a mouché.